Comment vous sentez-vous, après la dernière tempête à l'Olympique de Marseille ?
Je me prépare à intégrer le stage de l'équipe nationale, un stage qui tombe à point nommé, après tout ce qui m'est arrivé ces derniers temps. Je suis extrêmement heureux de retrouver mes coéquipiers, surtout qu'il ne reste pas beaucoup de temps avant les matches officiels. Nous devons nous préparer dès maintenant aux matches du mois de juin.
Certains ont spéculé sur votre probable absence de ce stage en invoquant votre état psychologique et votre moral en berne en ce moment...
Jamais ! La sélection est pour moi quelque chose de sacré. Je n'ai jamais refusé la sélection par le passé et je ne le ferai jamais. Seules des blessures pourraient faire que je manque des stages. Autrement, je serai toujours présent comme d'habitude et sans aucun problème.
Cependant, il est clair que vous êtes affecté moralement...
(Silence) Dans la vie, on doit toujours s'attendre à passer par des périodes difficiles. Dans ces cas-là, on doit y faire face avec sagesse. Je me dis toujours que, à côté de toutes les souffrances et injustices qui touchent des millions de gens dans le monde, je suis plutôt bien loti. Ni je suis en guerre ni je souffre de la famine ou d'une maladie incurable. Dans la vie, il y a pire que ce qui m'est arrivé. C'est pour cela que j'essaye d'écarter la pression comme je le peux. Comme je vous l'ai dit, le stage de l'équipe nationale est venu au bon moment.
Pour en revenir à ce qui s'est passé entre l'entraîneur de l'Olympique de Marseille et vous, est-ce vrai que vous en êtes venus aux mains et qu'on vous a séparés ?
Je vais vous narrer ce qui s'est passé. Tout le monde sait que je reviens de blessure et qu'il me tient à c½ur de rejouer et de retrouver mon niveau. Lors de la première mi-temps du match contre Carquefou, c'est toute l'équipe qui était passée à côté et non pas Ziani uniquement. Personnellement, je n'étais pas du tout satisfait de ma prestation et je m'attendais à ce que l'entraîneur me remonte un peu les bretelles à la mi-temps et m'oriente pour me corriger. Or, sitôt rentrés au vestiaire, l'entraîneur m'a fixé droit dans les yeux et m'a dit : «Toi, tu restes là. Tu seras remplacé.» Cette décision m'a énervé, car il ne m'a même pas donné des explications. Je lui ai demandé des explications, arguant que je n'étais pas seul sur le terrain. Mais il m'a demandé de me taire, afin qu'il puisse donner des consignes aux joueurs. Je ne me suis pas tu et j'ai insisté pour avoir des explications et il m'a répondu par de vives critiques qui ont accentué ma colère.
Et vous en êtes venus aux mains...
Vous me connaissez assez bien pour savoir que j'assume tous mes actes. Eh bien, je dis : wallah wallah wallah (il l'a dit trois fois en arabe, ndlr), nous n'en sommes pas venus aux mains. Je ne suis pas un voyou pour agresser l'entraîneur. J'entends dire par-ci que je l'ai frappé d'un coup de poing, j'entends dire par-là que l'entraîneur et moi avons tellement échangé de coups que nous avons failli tomber par terre... Ce ne sont que pures fabulations ! Je dis et je répète qu'il y a eu une vive altercation verbale, au point que des présents dans le vestiaire se sont placés entre nous deux pour tenter de nous calmer, mais je ne suis pas un boxeur ou un bagarreur pour frapper les autres.
Le journal L'Equipe a pourtant parlé d'un pugilat, au point d'avoir été séparés ?
Premièrement, je suis surpris que cet incident ait été relaté dans la presse le surlendemain, alors que ce qui se passe dans le vestiaire doit être intime à ceux qui s'y trouvent et ne doit jamais en sortir. Puisque mon altercation avec l'entraîneur a été rapportée au public et avec force détails, il ne faut pas s'étonner que celui ou ceux qui ont rapporté l'incident ait ou aient exagéré les faits en ajoutant que nous nous sommes bagarrés. Il est désolant que la confidentialité des échanges entre l'entraîneur et les joueurs et de la vie au vestiaire d'une manière générale ne soit plus respectée.
Quel est votre commentaire sur la mise à pied de 10 jours que vous a infligée le club ?
C'est une sanction ordinaire dans un grand club comme l'Olympique de Marseille, surtout que l'incident a fait le chou gras de la presse. Il fallait me sanctionner, car je le mérite. Il s'agissait de l'entraîneur et je n'avais pas le droit de discuter ses choix. J'aurais pu attendre la fin du match pour lui demander des explications sur les motivations de mon remplacement à la mi-temps. Franchement, je regrette ce qui s'est passé car je suis un professionnel et je me dois en toute circonstance me comporter en professionnel.
A quoi attribuez-vous votre comportement à cet instant-là ?
Je vis sous pression depuis un moment, surtout que je ne suis pas épargné par les blessures. A chaque fois que je crois être guéri et que j'essaye de revenir à mon meilleur niveau, je me blesse de nouveau. Cela m'a beaucoup perturbé, à plus forte raison lorsque je vois que je ne joue pas sur ma vraie valeur. J'accepte de moins en moins cette situation. C'est ce qui explique peut-être ma colère et le fait que je n'ai pas admis d'être sorti à la mi-temps du match de Coupe de France contre Carquefou. Cela dit, je n'avais pas le droit de me comporter de la sorte envers l'entraîneur et devant mes coéquipiers.
Vous avez globalement déçu cette saison à Marseille, en dépit de quelques sursauts de qualité lors de certains matches. Comment l'expliquez-vous ?
Je n'ai aucune explication. Je connais bien ma valeur et ceux qui la connaissent savent pertinemment que je ne joue qu'à 30 % de mon potentiel. Cette situation m'énerve, car j'aime les challenges et ma signature à Marseille n'était pas pour le prestige, mais pour relever le challenge de réussir dans un grand club. Malheureusement, les blessures sont souvent un paramètre contraignant dans le parcours d'un footballeur. A chaque fois que je crois repartir du bon pied, je suis victime d'une blessure qui m'écarte encore du terrain. Cela m'a démoralisé.
La pression du public du Vélodrome n'a-t-elle pas joué un rôle ?
Je suis de ces joueurs qui aiment la pression du public, car c'est très motivant de se donner tout le temps à fond. Avec la sélection algérienne, j'adore jouer devant un large public et dans de grands stades comme celui du 5-Juillet à Alger ou celui de Annaba. Le public marseillais a été l'un des facteurs qui ont motivé mon choix de l'Olympique de Marseille l'été dernier, car tout joueur ambitieux aime jouer devant un tel public. Il n'y a rien de frustrant pour un joueur que de jouer devant des gradins vides. Donc, la pression du public marseillais n'est pas un point négatif pour moi.
Après ce qui s'est passé, ne craignez-vous pas d'être écarté du groupe ?
Je ne le crois pas. Marseille est un club professionnel et ses dirigeants ne réfléchissent pas de cette manière. On ne peut pas acheter un joueur pour le laisser dans les gradins tout le temps, surtout après avoir perdu sur plusieurs fronts. Il est impératif pour nous de remobiliser toutes nos forces pour au moins sauver notre saison par une qualification à la Ligue des champions.
Vous avez déjà écopé d'un carton rouge avec la sélection algérienne pour vous être accroché avec l'arbitre, et là il y a eu une altercation avec votre entraîneur. Ne craignez-vous pas que votre nom se conjugue avec l'indiscipline ?
Ce qui s'est passé avec la sélection était différent, car il s'agissait d'un match amical face au Gabon et l'arbitre, un Français d'origine algérienne, n'arrêtait pas de nous insulter, jusqu'à nous traiter d'animaux, ce qui m'avait poussé à réagir et il m'a expulsé. Quant à l'incident avec Eric Gerets, je reconnais mon erreur. Je ne crois pas être un indiscipliné, car j'ai joué en équipe première avec Troyes, alors que je n'avais que 17 ans et, depuis, je n'ai jamais eu de problème avec quiconque. Vous pouvez le vérifier auprès de tous les entraîneurs qui m'ont eu sous leur coupe, dont Alain Perrin qui ne badine pas avec la discipline. J'ai toujours respecté l'entraîneur et l'adversaire. Ce qui s'est passé est une erreur et le club m'a sanctionné. Cette mise à pied de 10 jours va me permettre d'avoir un peu de recul pour rebondir.